Publié par Robert Loï

Les phares (ou la beauté des humbles)

Ils brûlent maintenant d'une bien pâle lueur, ces phares et, les années faisant, la leur devient tremblotante à en faire pitié. La rigueur des traits s’efface sous les rides, les corps et les esprits, si vaillants autrefois mais usés d'avoir tant donné, tout donné, ont juste gardé un peu de force en réserve pour un voyage retour vers la douceur de l'enfance. Le dernier.

Mais ces lueurs, même tremblotantes, ne font pas pitié à ceux qu’elles éclairent. Elles savent encore nous éclairer parce qu'elles ont passé leur vie à le faire, elles ont appris à nous guider dans les pires tempêtes, à nous empêcher de sombrer, même frappés par les ressacs les plus violents.

Avant de s'éteindre vraiment, tant qu'il reste un peu de vie, elles luttent encore parce qu'elles savent que cette science, patiemment acquise dans la contradiction de l'amour et de la culpabilité, est irremplaçable.

Il ne reste plus que les forces du sang ET de l'amour, du sang OU de l'amour, qui tirent les entrailles pour sublimer encore et toujours le temps qu'il reste.

L’autre phare, mon père, est déjà parti renouer son histoire d’amour avec la mer en naviguant sur les eaux calmes d’une autre dimension. Ma mère part doucement, un peu plus chaque jour, pressée de le rejoindre, parce qu'il lui manque comme elle ne pouvait l’imaginer.

Dans la belle simplicité de son âme, dans ses derniers élans de lucidité, elle s’étonne parfois de tous les soins et de l’amour dont nous l’entourons. Elle a juste oublié que c’est elle qui nous a appris, en accompagnant son propre père jusqu’au dernier souffle.

Elle a oublié que c’est elle qui nous a appris le respect des humbles, la solidarité, l’altruisme. Nous n’avons pas oublié que dans notre plus tendre enfance, elle nous envoyait chercher les enfants pauvres du quartier pour leur donner un bain, des habits propres et un vrai repas. Alors qu’elle et mon père se levaient aux aurores pour éduquer et nourrir une famille de six enfants.

Non, nous n’avons rien oublié…On ne peut pas oublier d'où l'on vient ni ce qui a forgé nos âmes.

Pour ma mère, à la mémoire de mon père et de quelques autres phares...

Corrigé et augmenté le 30/01/2020

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