Publié par Robert Loi

Asphalt Jungle

Que du goudron autour de vous, les fleurs fragiles qui le transpercent parfois vous étonnent encore. Vous me l'avez dit en souriant. Le goudron, ce tapis noir, trop grand pour un cœur déjà bien serré. Vous souriez quand même. Un prénom : Jean-Paul.

 

Tituber, c'est toujours marcher. Quelques pas de cendres qui restent à faire alors vous marchez encore. Des quidams vous regardent, croyant que vous ne tomberez pas parce que vous répondez "oui" à leur "ça va ?". Ils ne voient pas que vous êtes tombé depuis longtemps. Même plus de poussière à mordre ou plus la force de l'avaler. Juste ce vin qui réchauffe à peine ou qui rappelle "la vie d'avant"

 

Une vie avant le goudron ? Forcément, vous n'êtes pas né dans la rue ! Vous me raconterez peut-être, une autre fois. Pour l'instant toute votre vie est là, dans ce grand sac en plastique. Votre maison, traînée de rue en rue.

 

Une pharmacienne sort fumer sur le trottoir. Elle n'aime pas votre proximité et elle ne vous aime pas. Ni le vouvoiement respectueux que j'ai à votre égard. Elle me le fait savoir en recrachant sa fumée avec une moue consternée. Elle ne sait pas que mon père m'a appris le respect des autres et que j'ai autant de déférence pour vos guenilles que pour sa blouse blanche.

 

Quelle moue fera-t-elle donc, quand je vous prendrai en photo ? Pas le temps de voir, elle écrase sa cigarette sur votre goudron et sa blouse blanche s'engouffre dans la pharmacie.

 

Tant pis, je préfère attendre pour la photo, demander votre accord. Vous vous appartenez encore, la vie ne vous a pas tout pris. Vous me le donnez gentiment. Même l'autorisation de la publier sur mon blog avec ces quelques mots.

 

Je reviendrai, une autre fois, je vous donnerai un peu d'argent. Comme vous dites, "dans la rue, le plus dur c'est le concret". Du pain, quelques cigarettes et du vin, celui qui rappelle "la vie d'avant". Alors, vous raconterez et je vous écouterai. On se tutoiera, si vous le voulez bien, en signe d'amitié.

 

Ce jour là, Peut-être que la pharmacienne soufflera ses prochaines bouffées dans un sourire et n'écrasera plus ses cigarettes sur votre goudron. Peut-être...


Pour Jean-Paul et tous ses frères de rue...

 

Robert Loï © juillet 2007 - Tous droits réservés

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