Asphalt Jungle

Asphalt Jungle

Que du goudron autour de vous, les fleurs fragiles qui le transpercent parfois vous étonnent encore. Vous me l'avez dit en souriant. Le goudron, ce tapis noir, trop grand pour un cœur déjà bien serré. Vous souriez quand même. Un prénom : Jean-Paul.

 

Tituber, c'est toujours marcher. Quelques pas de cendres qui restent à faire alors vous marchez encore. Des quidams vous regardent, croyant que vous ne tomberez pas parce que vous répondez "oui" à leur "ça va ?". Ils ne voient pas que vous êtes tombé depuis longtemps. Même plus de poussière à mordre ou plus la force de l'avaler. Juste ce vin qui réchauffe à peine ou qui rappelle "la vie d'avant"

 

Une vie avant le goudron ? Forcément, vous n'êtes pas né dans la rue ! Vous me raconterez peut-être, une autre fois. Pour l'instant toute votre vie est là, dans ce grand sac en plastique. Votre maison, traînée de rue en rue.

 

Une pharmacienne sort fumer sur le trottoir. Elle n'aime pas votre proximité et elle ne vous aime pas. Ni le vouvoiement respectueux que j'ai à votre égard. Elle me le fait savoir en recrachant sa fumée avec une moue consternée. Elle ne sait pas que mon père m'a appris le respect des autres et que j'ai autant de déférence pour vos guenilles que pour sa blouse blanche.

 

Quelle moue fera-t-elle donc, quand je vous prendrai en photo ? Pas le temps de voir, elle écrase sa cigarette sur votre goudron et sa blouse blanche s'engouffre dans la pharmacie.

 

Tant pis, je préfère attendre pour la photo, demander votre accord. Vous vous appartenez encore, la vie ne vous a pas tout pris. Vous me le donnez gentiment. Même l'autorisation de la publier sur mon blog avec ces quelques mots.

 

Je reviendrai, une autre fois, je vous donnerai un peu d'argent. Comme vous dites, "dans la rue, le plus dur c'est le concret". Du pain, quelques cigarettes et du vin, celui qui rappelle "la vie d'avant". Alors, vous raconterez et je vous écouterai. On se tutoiera, si vous le voulez bien, en signe d'amitié.

 

Ce jour là, Peut-être que la pharmacienne soufflera ses prochaines bouffées dans un sourire et n'écrasera plus ses cigarettes sur votre goudron. Peut-être...


Pour Jean-Paul et tous ses frères de rue...

Texte et photographie : ©Robert Loï – Tous droits réservés
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R
Merci Robert pour ce texte qui nous parle d'humanité !!!! Cettte humanité qui sommeille en chacun de nous et qui ne demande qu'à se réveiller quelquefois .Oui Valérie, combien de" Jean Paul "sur des trottoirs refuges, derniers remparts d'un semblant de vie digne .... Mais accorder un regard, un sourire aux Jean Paul à la dérive nous rappelle que nous aussi demain aurons peut être aussi besoin de la considération de l'autre ...
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R
Merci Robert pour ce texte qui nous renvoie à la part d'humanité qui est en chacun de nous , qui sommeille quelquefois mais qui ne demande qu'à se réveiller .Qui n' a pas un jour de sa vie été confronté au regard blessé, triste, vide de celui qui a tout perdu: famille, travail, amour et surtout DIGNITE ....Peut être demain serons nous nous aussi Un JEAN PAUL et nous aurosn sans doute grand besoin d'un REGARD .....
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H
Merci pour ce texte sublime et humain, merci pour cette photo si remuante!
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F
Votre père vous a appris la sagesse, l' humilité, et la compassion. Bravo pour tous les deux, mon frère de coeur.
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V
Merci pour ce texte bouleversant... Combien de Jean-Paul(s) dans les rues où les passants ne font que passer. Sur l'échelle de la considération de l'Autre : un regard , un sourire offrent déjà beaucoup à celui qui est à terre, sur ce bitume sale et froid qu'il s'approprie &quot;comme un petit bout de chez lui.&quot;<br /> Prendre le temps de dialoguer, d'écouter , d' écrire est signe d'une grande générosité. <br /> De tout coeur, MERCI ROBERT.
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F
<br /> Merci Robert d'avoir encore le temps, l'envie et l'amour de considérer, au travers de ton objectif, les HOMMES<br /> <br /> <br />
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C
de l'humanité dans ce très beau texte, de la dignité dans le regard de cet homme, un article plein de sens.
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Y
C'est doux, c'est chaud, plein d'humanité<br /> Je le ressens comme cela malgré la situation<br /> Je vous remercie pour cette belle leçon<br /> Bien à vous
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M
Beau texte. Touchant. Le respect des autres, par rapport à ce qu'ils sont... et non ce qu'ils ont.<br /> J'ai du mal à détacher mon regard du regard de cette photo . Il transperce. Au plus profond . Sans illusion mais pourtant sans haine ( je le ressens comme ça en tout cas)<br /> A trés bientôt et contente de te revoir ! :-)<br /> Je t'embrasse
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